05 octobre 2009

IV

L'hopital public draine de plus en plus la misère sociale. Il suffit de sillonner les couloirs du service d'accueil des urgences pour s'en rendre compte. Les murs transpirent la souffrance dans tous ses états : sous forme solide quand elle s'exprime à travers le corps ; sous forme liquide quand elle émane des yeux ; sous forme gazeuse à travers les odeurs âcres émanentes si caractéristiques.
La détresse psychologique est palpable, que ce soit chez les personnes accompagnantes ou chez la victime elle-même. Nous accueillons des gens à bout de souffle, à bout de vie. Le vécu des patients nous laisse dubitatif, perplexe. Nous ne comprenons souvent pas comment l'Homme peut s'oublier à ce point. Comment peut-on se négliger autant ? Heureusement, dans ces moments de doutes, le professionnalisme reprend le dessus : compléter le dossier d'entrée, prendre les paramètres vitaux et les consigner, noter objectivement les symptômes, équiper le patient, débuter le traitement... ouf, voici de quoi s'occuper sans se laisser parasiter par des considérations extra-somatiques.
Les patients de l'hopital public arrivent avec une situation sociale souvent très complexe. Leurs problèmes leur collent au corps et sont souvent à l'origine de leur hospitalisation  : femmes (ou enfants) battus, règlements de comptes, touristes étrangers qui aimeraient rester en France, personne âgée abandonnée... Tout est propice à une hospitalisation de plusieurs semaines. Nous sommes loin des considérations économiques gouvernementales. Nos patients ne sont pas des clients. Ils payent déjà suffisamment chers de leur personne.

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